vendredi 19 juin 2026

Le grand luxe au service de la médecine rurale

 Un cocon de confort constitue -t'il réellement le meilleur gage d'intégration? Les projets ambitieux servent ils d'abord le territoire  ou ceux qui les portent? Et comment se rattraper lorsque l'ambition dépasse la raison?

Dans notre région, c'est souvent au centre que tout s'arrange. Le consensus, le juste milieu, ce point d'équilibre si précis et délicat où les grands maîtres se retrouvent pour valider la qualité des projets, tandis que les jeunes médecins prennent la température du territoire.

Aujourd'hui , le Pays grenadois vient au secours de Chalosse Tursan. Après les revers des figures politiques locales incarnant le Modem, il faudrait désormais sauver la présidente de la communauté des communes de Chalosse Tursan .
L'inauguration de l'internat médical de Hagetmau est présentée comme une réponse ambitieuse à la désertification médicale. 

Mais qui peut sérieusement croire que de jeunes praticiens résidant à Hagetmau choisiront ensuite de résider à Maurrin, Grenade-sur-l'Adour ou dans les communes rurales environnantes simplement parce qu'ils auront bénéficié d'un logement confortable durant leur stage?

Cette réalisation offre finalement une photographie saisissante d'une certaine conception de l'action publique : beaucoup de béton, beaucoup de communication et une foi inébranlable dans les vertus de l'investissement spectaculaire. L'idée semble être qu'en proposant un cadre de vie particulièrement attractif, les vocations naîtront naturellement et les installations suivront. Pourtant, les choix d'exercice des jeunes médecins reposent sur des critères bien plus complexes : conditions de travail, organisation des soins, équilibre de vie, emploi du conjoint, accès aux services ou encore perspectives professionnelles.

La comparaison avec d'autres initiatives locales mérite d'ailleurs d'être soulignée. A Saint Sever , la municipalité a investi environ 30 000€ pour rénover un logement communal, au calme et fonctionnel , qui accueille aujourd'hui trois internes en médecine et pharmacie. A Hagetmau, l'inauguration s'est faite en grande pompe pour un investissement de près de 1 500 000€ destiné à accueillir trois internes en médecine.

Personne ne conteste la nécessité d'attirer de futurs praticiens ni l'importance de leur offrir de bonnes conditions d'accueil. Mais la question de la proportionnalité des moyens engagés mérite d'être posée. A l'heure où chaque euro public est compté, où les collectivités invoquent régulièrement les contraintes budgétaires , il est légitime de s'interroger sur la pertinence de tels choix.

L'enjeu n'est pas de refuser l'ambition, mais de veiller à ce qu'elle reste au service de l'intérêt général.
Car au delà des inaugurations , des discours et des photographies officielles, demeure une question simple: à quand le respect de l'argent public?

Claire Duprat