De conseil en conseil, le spectacle se renouvelle.
Nous assistons désormais à la confrontation de deux mondes
de la pensée, deux conceptions de la politique et, parfois, deux visions assez
différentes de la réalité.
D’un côté, une majorité qui tente, tant bien que mal, de
gérer une commune.
De l’autre, une opposition qui semble avoir fait de
l’existence médiatique une véritable mission de service public.
Il faut dire que, lorsque l’on n’a pas toujours beaucoup de
choses nouvelles à proposer, il faut bien trouver quelque chose pour occuper le
terrain.
Alors on commence par les grandes tirades existentielles.
Lors du dernier conseil, M. Larquier nous a ainsi livré une
séquence particulièrement émouvante sur les discriminations dont il aurait
souffert dans sa jeunesse, expliquant en avoir été durablement marqué.
Chacun peut évidemment comprendre que certaines blessures
personnelles puissent laisser des traces.
Mais encore faut-il que chaque remarque prononcée dans une
assemblée publique, ou mieux encore un échange privé entre deux personnes, soit
automatiquement transformée en attaque personnelle.
Car voilà qu’un commentaire entre M. Choulet et sa voisine sur
une supposée appétence pour la confiture aurait été interprétée comme une
injure directement adressée à M. Larquier.
La confiture, nouveau sujet de traumatisme politique ?
On connaissait les débats sur les finances, l’urbanisme, les
travaux publics et les impôts.
Il faudra désormais ajouter à l’ordre du jour : « Prévention
des malentendus pâtissiers et gestion des susceptibilités liées aux produits
sucrés. »
Soyons sérieux.
Et surtout, M. Choulet ne s’est pas senti concerné par les
accusations portées contre lui. Il n’a donc présenté aucune excuse.
Ce qui, somme toute, paraît assez logique : on ne s’excuse
pas nécessairement pour une faute que l’on n’a pas commise et dont on ne se
reconnaît pas l’auteur.
Quant à la diffamation, elle est définie par la loi et la
justice existe pour en juger.
Il suffisait donc de la saisir.
Mais peut-être que, finalement, la certitude d’avoir été
personnellement visé n’était pas suffisamment… certaine pour aller jusque-là.
Après cette entrée en matière digne d’une séance de thérapie
collective, nous avons heureusement pu revenir à des sujets plus concrets.
Enfin… pas tout à fait.
L’opposition, soucieuse de contrôler dans les moindres
détails les finances municipales, demande à consulter le grand livre afin
d’examiner l’ensemble des dépenses et des paiements effectués par la
collectivité mais s’oppose à signer une
attestation de confidentialité.
Très bien.
La réponse est simple : le document est disponible et peut
être consulté sur place.
Mais non.
L’examen sur place ne suffit pas.
Il faut désormais que tout soit transmis par voie
informatique.
Et c’est ici que la logique atteint une certaine altitude.
Car la loi impose de préserver la confidentialité des
différents intervenants.
Il faudrait donc anonymiser les documents, masquer les
informations concernées, vérifier chaque ligne et mobiliser du personnel pour
transformer un document consultable en un document… consultable après avoir été
rendu anonyme.
Tout cela alors que le document est déjà disponible sur
place.
En résumé :
« Nous voulons tout voir. »
— « Très bien, venez le consulter. »
« Non, envoyez-le-nous. »
— « Cela nécessite un important travail d’anonymisation. »
« Nous voulons de la transparence ! »
— « Oui, mais il faudra d’abord rendre les gens invisibles.
»
C’est là que l’on comprend que la transparence peut parfois
coûter cher.
Et pendant que l’on réclame des heures de travail
supplémentaires aux agents pour satisfaire cette boulimie documentaire,
l’opposition demande, que des amendements qu’ils viennent de déposer sur table
à l’ouverture du conseil municipal, concernant le règlement intérieur soient
votés immédiatement.
Le soir même.
Sans avoir été préalablement soumis à l’examen de la
majorité.
Là encore, la cohérence semble avoir pris quelques jours de
congé.
Pour les documents des autres : il faut du temps, de
l’examen, de la vérification, du contrôle et une lecture approfondie de chaque
ligne.
Pour ses propres propositions : pourquoi attendre ? Votez
donc tout de suite !
D’un côté, on demande le temps nécessaire à la réflexion.
De l’autre, on exige que les autres décident dans l’urgence.
La démocratie selon l’opposition semble donc fonctionner
selon un principe simple :
« Faites ce que je dis, mais surtout pas ce que je fais. »
À force de vouloir tout contrôler, tout commenter, tout
contester et tout compliquer, une question finit par se poser :
Sommes-nous face à une opposition constructive, qui cherche
réellement à améliorer les décisions ?
Ou face à une opposition qui a surtout besoin de créer des
problèmes pour démontrer qu’elle est indispensable à leur résolution ?
De conseil en conseil, chacun pourra se faire son opinion.
Mais une chose est certaine : à force de chercher la petite
bête partout, on finit parfois par découvrir qu’elle n’était pas dans le
dossier…
mais dans la méthode.
claire duprat